¤ Le gouvernement Zapatero veut réduire le marché du travail clandestin. L'Espagne entend légaliser ses sans-papiers de façon massive.
Pour cet ancien pays d'émigration qui est devenu depuis dix ans un eldorado pour les immigrants (en majorité d'Amérique latine et d'Afrique du Nord), il s'agit de prendre à bras-le-corps un phénomène appréhendé jusqu'ici de façon peu rationnelle.
En arrivant au pouvoir, en avril 2004, le socialiste José Luis Rodriguez Zapatero a hérité en effet de huit ans de gestion chaotique des conservateurs du Parti populaire (PP), car, en dépit de quelques timides procédures de régularisation, une considérable population immigrante, intégrée dans le marché du travail, vit dans l'illégalité. On estime ainsi que sur les 2,5 millions d'étrangers résidant en Espagne (soit 6,2 % de la population totale), environ 850 000 sont dans la clandestinité.
AvalancheEn août dernier, le gouvernement Zapatero a annoncé ainsi un net virage de la politique d'immigration. Avec le soutien unanime du patronat et des deux grands syndicats (CCOO et UGT), un lien direct est désormais établi entre l'immigration et le marché du travail. Concrètement, un nouveau règlement (en vigueur le 1er février prochain) permettra la légalisation de tout étranger pouvant justifier de six mois de résidence sur le sol espagnol et d'un contrat de travail, dont la durée exigée une année au minimum varie en fonction du secteur d'activité. On s'attend donc à une vague massive de demandes, et certains le PP en tête mettent en garde sur les risques de «débordements, de fraudes et de paralysie administratifs». L'exécutif socialiste se montre un peu vague, il est vrai, sur la façon dont il va répondre à l'avalanche annoncée. La procédure pouvant concerner au bas mot 650 000 personnes.
Avec ce changement législatif, Zapatero vise un double objectif : d'une part, faire entrer dans la légalité les grosses poches clandestines du marché du travail. Et «lutter ainsi activement contre les mafias de l'immigration qui maintiennent des milliers d'étrangers dans des conditions de travail inhumaines». D'autre part, accroître sensiblement le nombre de «cotisants» à la Sécurité sociale.
TensionsLe pragmatisme de l'actuel gouvernement n'offre toutefois qu'une solution temporaire et, selon les conservateurs du PP, il aura l'effet pervers d'attirer davantage d'immigrants illégaux à l'avenir. Certes, la lutte contre l'immigration clandestine commence à donner ses fruits, notamment grâce à un système de contrôle électronique, le long des côtes d'Andalousie et des îles Canaries (6 907 arrestations en 2003). L'Espagne demeure cependant l'une des principales portes d'entrée européenne, recevant 23 % (en 2004) des clandestins de l'Union.
Mais, pour l'heure, nul affolement. Même si le pays a vu le nombre de ses immigrants doubler depuis 2001, le ministre des Affaires sociales, Jesus Caldera, a récemment estimé que «la société espagnole peut absorber davantage d'immigrants, jusqu'à 8 à 10 % de sa population, sans que cela ne provoque de réelles tensions».
Liberation