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Tamazight :: Voir le sujet - la critique du Film « Indigènes »
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la critique du Film « Indigènes »

 
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Izlan
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MessagePosté le: 26 Fév 2007, 22:46    Sujet du message: la critique du Film « Indigènes » Répondre en citant

Excellent film de guerre avec des reconstitutions de bataille très réalistes. Le conseiller en armement auquel aura fait appel le metteur en scène connaît bien son métier ! Les scènes de la campagne de l’hiver ’43-’44 en Italie, auraient été tournées sur les contre-forts arides du Haut Atlas marocain au nord de Ouarzazate, reconnaissables aux pentes pelées, aux champs bordés de noyers sans feuilles. On y voit des équipes allemandes maniant minenwerfer et mitrailleuse MG 42, (on retrouvera celle-ci aux côtés du panzerfaust – bazooka allemand – lors de la bataille du village alsacien à la fin du film), face à des tirailleurs et goumiers armés de MAS 36, de Garand M1, de Mausers allemands, de pistolets-mitrailleurs Thompson ; face aussi, à des artilleurs français ripostant à l’obusier de 105 ; jusqu’au général Juin coiffé de son légendaire béret, jumelles collées aux yeux, qui scrute les pentes du Monte Cassino. Image classique tirée de la phototèque de la campagne d’Italie (Yves Salkin & Jacques Morineau, Histoire des Goums Marocains, tome 2, Paris, la Koumia, 1987, p. 133).

C’est d’ailleurs la seule apparition du grand chef de l’Armée d’Afrique, sans qu’il ne soit nommément désigné. Dans l’ensemble, les gradés français ne brillent guère dans cette fresque pseudo-historique. Un certain sergent Martinez, brutal pied-noir issu d’une mère « indigène », au caractère emporté, nous paraît quasiment sympathique pendant de courts instants, mais, à la suite d’un ultime esclandre, sera uni dans la mort avec son souffre-douleur, Saïd. Le caporal Leroux, ainsi que le capitaine Durieux, tous les deux font plutôt tapisserie, ne cherchant qu’à faire leur devoir, bien que sans panache. Quant au colonel, impossible de faire plus mauvais choix ; être artificiel, falot et très peu martial, il est en fait l’anti-thèse vivante de ce que doit être un chef de corps dans l’armée française. La façon dont il ignore le caporal Abdelkader, unique survivant d’une mission périlleuse dont il l’avait personnellement chargé l’avant-veille, est aussi improbable qu’elle est ignoble. D’ailleurs, les colonels de l’armée rencontrés par moi-même (Maroc & Algérie, 1956-59) avaient tous un excellent contact humain, et une tenue autre que celle de ce pantin fagoté en soldat d’opérette !

C’est sans conteste une des rares erreurs de « casting » dans un film remarquable par le bon jeu des acteurs, surtout ceux qui jouent les rôles « indigènes ». Évidemment, le metteur en scène ne pouvait se permettre de trop faire briller un gradé français par son humanisme. C’eut été contraire à sa volonté de travestir (ridiculiser – au besoin) le comportement supposé par définition hautain et raciste des officiers et sous-officiers de l’Armée d’Afrique.

En revanche, le but du film étant à juste titre d’attirer l’attention du spectateur français sur le sort désinvolte réservé aux tirailleurs et autres goumiers, oubliés par une France ingrate, on insiste lourdement sur les injustices, sur le côté négatif de l’Armée d’Afrique. On ne rate aucune occasion de noircir le tableau. Tout se passe comme si l’on voulait dénaturer et/ou escamoter volontairement des évènements historiques pour ne s’attarder, de façon tendancieuse, que sur le sujet qui fâche. On insiste trop sur des scènes de brimades, d’incompréhension – notamment celle où des tirailleurs sans éducation aucune désertent la salle où l’on prétend présenter un spectacle en leur honneur. À aucun moment n’est présentée, par exemple, l’entrée triomphale d’un Goum dans une ville libérée, défilant au pas cadencé, officiers en tête suivis du drapeau et de la mascotte de l’unité, les hommes barbus redressant fièrement la tête, car conscients de leur valeur et de ce que leur devait la Métropole, avec toutes les espérances pour l’avenir que cela pouvait susciter. Espérances d’ailleurs déçues.

On peut également relever les légères inexactitudes qui émaillent le film. Les scènes de départ : « Algérie 1943 » et « Maroc 1943 », où l’Armée d’Afrique ressuscitée achève ses préparatifs, ont en fait eu lieu en novembre/décembre 1942, juste après les débarquements alliés en Afrique du Nord et à la veille du démarrage de la campagne de Tunisie, non mentionnée dans le film. Hautement improbable, du reste, que cette scène marocaine où le jeune capitaine harangue ses goumiers Aït Seghrouchen (Imazighen), correctement harnachés en « cachabia » brune rayée et arborant le casque anglais, mais parlant entre eux en arabe pour les besoins du film, répondant ainsi à je ne sais quel souci du politiquement correct !!

Par la suite, d’ailleurs, goumiers marocains et tirailleur algériens feront cause commune au point d’évoluer en Alsace (janvier 1945) dans le cadre d’une même compagnie, situation parfaitement invraisemblable. La tombe de Yassir, courageux goumier marocain dont les rafales de mitraillette Thompson fauchent les attaquants allemands dans le village alsacien, porte l’impossible mention « 7e R.T.A. » (Régiment de Tirailleurs Algériens) ; alors que les Goums marocains, on le sait, évoluaient au sein de Groupes de Tabors Marocains (G.T.M.). On ne peut, après tout, en tenir rigueur à un Rachid Bouchareb, aussi bien intentionné et féru
d’histoire soit-il, mais n’ayant, sans doute, jamais mis les pieds dans une caserne de l’Armée d’Afrique, et évoquant des évènements lointains dont il n’a été le témoin que par ouïe-dire.
Il en résulte une improbable relecture de La légende du Goumier Saïd de Joseph Peyré (Paris, Flammarion, 1950) ; jusqu’au nom « Saïd » dont on affuble le principal protagoniste. Où l’amourette entre le Goumier Saïd et la fille d’Aubagne dans le récit, trouve son pendant dans l’éphémère liaison entre le Tirailleur algérien Messaoud du film et de sa Marseillaise, la belle Hélène ! Récit de Peyré qui, à l’époque en France, avait eu un certain succès. J’ai un ami parisien qui l’a reçu comme premier prix dans un lycée privé, car vantant le loyalisme d’un simple goumier Aït Seghrouchen qui, d’ancien résistant, était devenu un libérateur de la France, puis blessé et médaillé suite à la bataille des Vosges. Cas exemplaire d’un de ces « indigènes » sur lesquels avait pu compter la France dans son aventure nord-africaine et lors de la re-conquête de la mère patrie.
Car, contrairement à ce qu’ont pu prétendre certains détracteurs post-coloniaux, cette participation africaine à l’épopée de la libération était pleinement reconnue en France. La France de l’immédiat après-guerre a, en effet, salué leur courage et leur sacrifice. Car nul ne pouvait mettre en cause l’héroïsme, voire le dévouement de ces combattants « indigènes ». Tout au plus revenait vite à la surface cette habituelle et méfiante froideur métropolitaine (legs de la suspicion engendrée par l’îlotage sous le régime de Vichy), même envers l’ancien libérateur « indigène » (cf. chapitre « Le retour du victorieux », J. Peyré, pp. 234-238).

Malheureusement, tout cela a été irrémédiablement déformé, gâché par les évènements des années ’50, suite au désengagement colonial ; par le sentiment de honte, parfois aggravé d’auto-flagellation (nullement partagé par l’auteur de ces lignes !), qui s’est emparé de l’inconscient collectif français. Et que toute une génération d’universitaires post-soixante-huitards s’est employée à embellir, à entretenir. Ce en quoi elle n’a éprouvé aucune difficulté, étant donné l’héritage empoisonné de la guerre d’Algérie, dont les plaies sont encore béantes (2006). C’est effectivement dans cette ambiance de décolonisation qu’avait été votée en 1959 l’infâme loi qui gelait les pensions des combattants indigènes de l’ex-empire, consacrant officiellement l’oubli qui devait entourer de tels évènements. Oubli qui, veut-on nous faire croire, risque d’être réparé par une intervention personnelle du Président de la République, Jacques Chirac.
Oubli dont l’auteur de ces lignes a été témoin dans l’Atlas marocain jusqu’à une date récente. Combien de fois, après avoir été hébergé dans un foyer berbère, l’a-t-on prié de demander à la trésorerie de l’Ambassade de France à Rabat ce qu’était devenu la retraite du paterfamilias ancien goumier ! Démarche à la suite de laquelle il était poliment éconduit par les services de l’Ambassade…

Pour terminer sur une note optimiste on aura relevé que ces « indigènes » éprouvaient pour la France une forme d’amour idéalisée, qui apparaît parfois en filigrane : lorsqu’un tirailleur plante le drapeau français sur le sommet du Monte Cassino ; lorsque les Africains entonnent la « Marseillaise » à bord du bateau qui les emmène vers le débarquement de Provence (été 1945). Là, au moins, le metteur en scène a réussi à faire vibrer la fibre patriotique. Il le fallait, afin de quelque peu laver l’honneur de l’armée française, légèrement égratigné au passage – c’est le moins que l’on puisse dire !
Michael PEYRON


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