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Posté le: 09 Fév 2006, 13:02 Sujet du message: pour les gens d'agadir ou ceux qui connaissent
bon en fait avant de lire des livres dessus, je voulais savoir s'il y a parmis vous, des gens qui connaissent l'histoire archeologique du site d'agadir
pourquoi le "grenier collectif fortifié"?est ce que ca a voir avec sa reconstruction et est-ce-que sa fortification a une histoires speciale ou un caractere special?
comment se construit le village d'abord la ville ensuite et quel sont les trait de son architecture
a travers l'histoire?
si vous avez des livres ou des etudes a me conseiller sur ce sujet ca serait sympa
je dois preparé une presentation sur les "greniers d'agadir"d'un point de vue archeologique
et comme il y en a ici qui y vivent peut etre vous pouvez me renseigner ou juste donner votre avis
ce que vous pensez de votre ville,ca faira surement partir de ma presentation
voila merci beaucoup et d'avance
Posté le: 09 Fév 2006, 15:14 Sujet du message: Igoudar
Igoudar : les greniers-citadelles.
Extrait de l’article de Ivo Grammet, in Splendeurs du Maroc (éditions Plume, Paris, 1998).
. Les Berbères de l’Anti-Atlas et du Siroua ont toujours été contraints à survivre dans des conditions particulièrement précaires. Ils sont sédentaires et vivent principalement de l’agriculture et de petits troupeaux de chèvres et de moutons. Les précipitations annuelles sont tantôt insuffisantes ou très irrégulières. En temps de guerre, lorsque les différents villages et clans étaient impliqués dans des alliances les uns contre les autres, les réserves de la partie adverse constituaient un butin convoité.
Pour protéger leurs réserves et se défendre, les habitants de différents hameaux et villages construisirent des bâtiments fortifiés communautaires. Chaque famille y possédait un entrepôt. Les habitants pouvaient aussi s’y mettre à l’abri et se défendre en cas d’attaque. De là vient que le terme d’agadir désigne à la fois la fortification et le grenier collectif.
On y conservait des aliments de toute sorte. Le grain, principalement l’orge, pouvait être gardé jusqu’à 25 ans, les amandes 20 ans et les noix d’argan 30 ans. Le beurre fondu et le miel se conservaient pendant plusieurs années dans des jarres à provisions en céramique bouchées, l’huile dans des cruches à long col. On y cachait aussi des pains de sel, des dattes, des figues, des sauterelles, du henné et des peaux de moutons, de même que les armes et les munitions nécessaires à la défense, des bijoux, des vêtements de fête, des documents et des titres de propriété écrits sur des tablettes de bois.
La décision de construire un agadir était prise par la jmaa, assemblée de représentants mâles de chaque famille. Le terrain était acheté en commun. Chaque famille veillait individuellement à la construction de sa pièce. Les parties communautaires, telles que l’enclos, l’enceinte, les tours de guet et les annexes, étaient construites aux frais de la communauté. Chaque famille payait un prix proportionné au nombre de pièces dont elle disposait.
L’agadir était placé sous la garde d’un portier-gardien. Celui-ci devait y être présent jour et nuit. Il conservait la clé et était tenu pour responsable de tout vol. Disposant d’une loge et d’un grenier, il était payé en espèces et en nature par les autres utilisateurs de l’agadir, proportionnellement aux réserves de chacun. Il arrivait que chaque famille dût contribuer à son tour à en assurer la surveillance.
A l’extérieur de l’agadir, mais à l’intérieur de l’enclos, se trouvaient des dépendances telles que la forge. Le forgeron y séjournait et travaillait chaque fois que, lors de son passage périodique, il exécutait de nouvelles commandes ou effectuait des réparations.
La présence de réserves d’eau à l’intérieur de l’enclos était essentielle pour soutenir de longs sièges. C’est pourquoi l’eau de pluie, rare, était canalisée vers des citernes.
L’acte de fondation précise le titre de propriété, les droits et devoirs réciproques des utilisateurs, les corvées telles que l’entretien, les tours de surveillance, la répression et la sanction des méfaits commis dans l’agadir. Les règles de droit coutumier régissent les rapports sociaux entre les utilisateurs de l’agadir.
Le plus ancien de ces actes (XVIIe siècle) est la charte de l’agadir d’Ajarif, sur le territoire tribal des Idouska Oufella. Celle-ci servait de référence lorsqu’il fallait construire un nouvel agadir.
Les greniers se ramènent a deux types de base en fonction du mode de vie de leurs utilisateurs. Lorsque les utilisateurs sont sédentaires et ne vivent que d’agriculture, il suffit de disposer les réserves de part et d’autre d’un couloir étroit. S’ils vivent d’agriculture et d’élevage - de petits troupeaux de chèvres et de moutons - , il leur faut un grenier pour leurs réserves et un espace fermé à l’intérieur de l’enclos où mettre leurs troupeaux en sûreté. Les divers modes de vie et de survie des Chleuhs de l’Anti-Atlas et du Siroua déterminent donc les exigences auxquelles doivent répondre les greniers.
SITUATION ACTUELLE
La plupart des agadir sont hors d’usage et ruinés depuis plusieurs générations. Ce phénomène est dû aux précipitations insuffisantes des dernières décennies, aux mauvaises récoltes, à la pression démographique et à l’émigration vers des régions ou des villes qui garantissent de meilleures conditions de vie et un revenu régulier. De ce fait, le devoir séculaire de stocker pour survivre a disparu. Les agadir qui sont encore en usage sont situés dans des régions où les récoltes sont suffisances et régulières.
BIBLIOGRAPHIE
Adam, A., Agadir. Encyclopédie berbère II, pp.236-239, Aix-en-Provence. Dupas, P., Notes sur les magasins collectifs du Haut-Atlas occidental. Hespéris IX. pp. 302-322. 1929. Grammet, I., De gemeenschappelijke opslagplaatsen van de Chleuhs in de Anti-Atlas, de westelijke Hoge Atlas en de Siroua. Mémoire de licence non publié. Katholieke Universiteit Leuven. 1976. Jacques-Meunié, Dj., Les greniers collectifs au Maroc. Journal de la Société des Africanistes XIV. pp.1-16. 1944. Jacques-Meunié, Dj., Greniers collectifs. Hespéris XXXVI. pp.97-133. 1949. Jacques-Meunié, Dj., Greniers-citadelles au Maroc. In Publications de l’Institut des hautes études marocaines. LII. Arts et Métiers graphiques. Paris. 1951. Jacques-Meunié, Dj., Sites et forteresses de l’Atlas. Arts et Métiers graphiques. Paris. 1951. Montagne, R., Un magasin collectif de l’Anti-Atlas : l’agadir des Ikounka. É ditions Larose. Paris. 1930.
Inscrit le: Feb 02, 2005 Messages: 4320 Localisation: voisine de soria, tahnaout, hold up geopolitique
Posté le: 09 Fév 2006, 18:52 Sujet du message: merci
merci beaucoup amazigh-arifi c le genre de renseignement qu'il me faut justement on parlait de ca en cours, comme quoi a cette epoque que ce soit en france ou au maroc, par soucis de protection ou de defense,les habitants, la communauté créaient une sorte de refuge ou de batiment fortifié pour tous.
et c la qu'agadir devient interessant pask il ne s'agit pas que d'une simple question de defense ou de protection mais aussi de "greniers"ou sont gardé blé orge ou autre,donc lien avec l'activité principale des habitants etc.
c sur cela que je vais travailler.et aussi les liens que ca pouvait créer ds une communauté villageoise.
pour les photos je peux trouver ca sur internet je suppose?
merci
Posté le: 11 Mar 2006, 22:58 Sujet du message: Pour finir un travail que tu avait commencé, cher cousin.
Je poste cette contribution au nom de mon cher cousin Rachid (Soussi 167) attirhem rbbi. Rachid m’avait en effet demandé une semaine avant son décès des informations sur les Igoudars (greniers collectifs) de la région d’Agadir dans le cadre d’une recherche qu’il comptait faire puis poster à tamazight.biz. J’ai lui avait donné les pages de l’article que vous trouverez là-dessous, il avait l’intention de les scanner puis envoyer au site mais al Qadar avait son mot à dire ; Rachid nous a quitté avant qu’il ne puisse finir son travail.
En cherchant dans le site sur la personne qui avait demandé des informations sur les igoudars j’ai trouvé que c’était vous naila, c’est donc pour la mémoire de Rachid attirhem rbbi que je poste ces pages sur les Igoudars à vous et à tous ceux qui s’y intéresseront. Des phots et plans liés à l'article n'ont pu être affichés dans cette page. Vous pouvez peut-être me dire comment faire pour les poster la prochaine fois, merci.
J’espère néanmoins que c’est pas trop tard pour ta présentation.
« Il est à peine nécessaire, sans doute, de rappeler ce qu'est le grenier collectif, édifice plus ou moins vaste où les Berbères emmagasinent leurs récoltes et autres biens qui leur sont chers; autrefois les armes y étaient renfermées. C'est un établissement de tribu ou de clan où chaque chef de famille possède une case individuelle, fermée, dont il a la clef. Le magasin et ses dépendances sont sous la garde d'un portier qui surveille les allées et venues des usagers et en interdit l'entrée aux étrangers. Souvent ce grenier était aussi forteresse, hérissé de tours de guet où aux abords veillaient les hommes d'armes et situé sur un lieu escarpé difficile. C'est là le type très schématique des magasins citadelles des Berbères.
Il est bon de préciser que le terme « grenier collectif » est assez inexact, mais que nous continuons à en user, n'en ayant pas imaginé de meilleur, à la fois court et expressif. Peut-être pourrait-on préférer à « grenier collectif » l'appellation « maison de tribu », traduction un peu vague de l'un des termes employés en berbère (irherm n teqebilt, agadir eljemâat, agadir lekhzin).
Le grenier dit collectif n'est en effet que le groupement de cases à grain individuelles, chacune de ces cases ayant été construite par une famille dont elle demeure la propriété et qui en assure l'entretien. Les propriétaires choisissent un gardien ou portier, en permanence dans l'édifice, et assurent sa subsistance; de plus, autrefois du moins, ils montaient la garde, jour et nuit, personnellement à tour de rôle.
C'est donc une réunion de cases individuelles gardées collectivement, et non une mise en commun des récoltes et autres biens, ainsi que pourrait le donner à penser le terme de magasin collectif.
Cet établissement pourrait, dans une certaine mesure, être comparé en France aux immeubles d'habitation par appartements; lorsque les divers étages appartiennent à des propriétaires différents, ils n'ont guère de colIectif que le concierge, l'escalier, l'ascenseur et l'enlèvement des ordures.
Ceci étant posé, conservons le terme de grenier ou magasin collectif consacré par l'usage et essayons d'envisager cette institution dans ce qu'elle a de plus général.
L'origine de la maison de. tribu ou grenier collectif reste tout à fait obscure; l'époque et le lieu de son apparition nous sont encore inconnus. Dans l'état actuel des connaissances, le magasin collectif peut paraître spécifique de pays appartenant au bassin méditerranéen, au Sud notamment, et peut-être à l'Est; soit toute l'Afrique Mineure (aujourd'hui Maroc, Algérie, Tunisie, territoires du Sud et Tripolitaine), et peut-être aussi: Egypte, Arabie et Syrie, mais là les documents font défaut ou sont équivoques.
L'Afrique du Nord seule - antique Berbérie - témoigne avec certitude qu'elle a connu l'usage de la maison de tribu, ainsi que le prouvent les nombreux établissements qui survivent dans certaines régions.
Les plus connus sont, d'Est en Ouest:
1° A la lisière de la Tripolitaine, les greniers du Djebel Nejousa (gasr ou temideltj, les uns en cellules voûtées, les autres creusées dans des falaises; d'autres encore, les plus petits, ont à l'extérieur l'aspect de tours trapues et une cour circulaire à l'intérieur. 2° dans le Sud tunisien, les rhorja voûtées de Médenine, Metameur,Chnini et Douirat ; leurs cours sont vastes et peuvent abriter des troupeaux. 3° en Algérie les gelâa de l'Aurès s'accrochent aux rochers de la montagne ; leur construction paraît assez fruste et sans plan ordonné.40 au Maroc enfin, les greniers sont nombreux et variés, l'institution paraît y avoir atteint sa forme la plus élaborée; peut-être a-t-elle pris là plus d'extension que dans les autres régions, peut-être s'est-elle simplement mieux conservée dans l'isolement farouche du Maghreb occidental.
Il est à remarquer que chacun des différents groupes de greniers précités correspond à l'existence d'îlots berbères, de tribus vivant à l'écart dans des massifs montagneux et non assimilés par d'autres populations.
Les greniers du Maroc sont actuellement les mieux connus; nous ne pouvons ici en donner une étude détaillée, mais esquisser seulement la physionomie de l'institution en dégageant ce qui la différencie d'une région à l'autre sans altérer cependant sa profonde unité.
Il convient, sans doute, de situer tout d'abord et dénombrer rapidement les greniers étudiés. On ne les rencontre plus aujourd'hui que dans les montagnes, sur leurs lisières parfois, régions de refuge, où de très anciennes traditions ont pu se conserver intactes plus longtemps. Les diverses populations qui vivent là retirées sont habituellement désignées sous le nom de «Berbères » appellation bien imprécise ou arbitraire, puisque l'on ignore à peu près tout, tant de leur origine ancienne que de leur venue ou de leur fixation dans les contrées qu'elles occupent de nos jours. Les habitants des plaines se disent arabes, ce qui est peu probable pour la majorité d'entre eux. Peut-être sont-ils berbères d'origine; du moins sont-ils arabisés depuis longtemps. Plus de greniers collectifs dans ces contrées, soit que toute trace en ait disparu, soit que ce mode de conservation n'ait jamais été en usage. Aujourd'hui, dans la plaine, les réserves sont déposées dans des silos creusés en terre; ces silos sont parfois groupés sous une surveillance commune.
Les différentes régions où subsistent des magasins collectifs sont; le Rif, le Grand-Atlas occidental et oriental, le Moyen-Atlas, l'Anti-Atlas jusqu'aux confins sahariens, le Siroua enfin, à la jonction de l'Anti-Atlas avec le Grand-Atlas.
Les types de greniers rencontrés dans ces régions très différentes sont eux-mêmes très variés; chacun d'entre eux exprime assez justement l'économie agricole, sociale et politique de la région; il y est judicieusement adapté et ne saurait être transporté ailleurs sans illogisme.
Les aspects de ces établissements sont donc assez divers, même dans un massif montagneux considéré par les géographes comme une entité.
Il semble qu'une classification liminaire s'impose; elle correspond assez bien, dans l'ensemble, à la répartition des groupes linguistiques berbères.
C'est ainsi que l'on peut isoler le groupe rifain au nord, celui de la tamazirht au nord-est, au sud-ouest enfin, le groupe de la tashelhait.
C'est dans ce dernier groupe, celui des Chleuhs, que se trouvent aujourd'hui les greniers collectifs les plus évolués, notamment ceux du versant nord de l'Anti-Atlas occidental; ce sont sans doute les plus intéressants à considérer. Des autres groupes de greniers, nous n'envisagerons que ce qui paraît significatif, dans leurs similitudes ou leurs divergences.
GRENIERS DES CHLEUHS
ANTI-ATLAS OCCIDENTAL : (versant nord) (tribus: Ilallen et Achtouken).
Le grenier des Chleuhs de l'Anti-Atlas occidentale est celui justement dont M. Montagne a pu étudier un représentant en 1924, dans la Confédération des Achtouken du Sous, en bordure de la plaine; son nom chleuh est agadir ; la monographie de M. Montagne a mis en évidence son originalité et son intérêt.
Architecture - Cet agadir est aujourd'hui bien connu dans ses traits principaux; édifié en pierres, il présente une allée médiane rectiligne, étroite et longue, de chaque côté de laquelle sont alignées sur plusieurs étages des cases à grain de même forme et de mêmes dimensions, leur grand axe est perpendiculaire à l'allée. Toutes les cases ouvrent vers l'intérieur du magasin et sont closes par des portillons de bois. Une seule porte donne accès à l'allée; nulle autre ouverture vers l'extérieur, si ce n'est les soupiraux d'aération.
Les plus grands magasins des Ilallen peuvent avoir jusqu'à deux ou trois cents cases. La toiture en terrasse est en terre battue et déborde l'aplomb vertical des murs par des dalles horizontales, afin d'éloigner des parois le ruissellement des eaux et de prévenir la dégradation.
D'autres dalles en saillie sont fixées à des hauteurs progressives dans les parois qui se font vis-à-vis de chaque côté de la ruelle; elles servent de marchepieds pour accéder aux cases supérieures. Parfois les façades sont dépourvues de ces marches, et des troncs d'arbres à encoches permettent d'atteindre les cases supérieures.
Ce bloc de construction est massif, d'un seul tenant, sans fissures; nulle place n'est perdue, souvent même aux étages, l'emplacement de l'allée est lui-même occupé par des cases à grain.
L'ensemble décrit ci-dessus est le grenier proprement dit, il peut être entouré d'une ou deux enceintes, la première en pierres sèches, la seconde en épineux; elles forment enclos ou chemin de ronde, peuvent être fortifiées par des tours de guet, et abritent les dépendances du grenier. Dans cette enceinte, une seule entrée, en chicane ou fortifiée permet de pénétrer à l'intérieur de l'enclos.
Les dépendances varient en nombre et importance; outre la loge du portier, il peut y avoir une ou deux pièces pour les gardes, moulin, forge, écurie-étable, chambre de réunion des notables, une petite mosquée même, avec chauffe-eau, chambre d'ablution et salle de prière. Parfois des ruchers sont attenants à l’enclos.
Un grand agadir comporte plusieurs citernes, soit à l'intérieur de l'enceinte, soit à l'extérieur; elles répondent aux besoins du portier et des gardes qui ne peuvent s'absenter; de plus, au cours des guerres, elles pouvaient permettre à la tribu de soutenir un siège d'une certaine durée.
Ce prototype de grenier collectif peut subir des altérations assez appréciables, ainsi qu'en témoignent de nombreux plans. Dans certains cas, ce peut être simplement la courbure accentuée de l'allée médiane; elle est assez fréquente et ne peut être due au hasard. Aucune explication cependant n'a pu en révéler le sens, soit rituel, soit concernant l'aération ou la défense.
Les extensions successives d'un grenier devenu trop petit peuvent aussi modifier sa physionomie primitive, créant des allées parallèles ou perpendiculaires à la première.
Ailleurs, la configuration d'éperons ou de pitons étroits a conduit l'ingéniosité des bâtisseurs à tirer le meilleur parti de la surface utilisable, entraînant une certaine désorganisation dans l'ordonnance de la construction.
Ailleurs encore, et souvent sans raison apparente, les cases à grain sont disposées en éventail selon un plan rayonnant.
La comparaison de ces plans, fort différents à première vue, permet presque toujours cependant de distinguer nettement les éléments du type original qui a inspiré les diverses réalisations. On peut ainsi identifier l'allée primitive que deux bâtiments parallèles enserrent étroitement; ce caractère architectural confère à lui seul déjà une grande unité aux greniers du versant nord de l'Anti-Atlas occidental et ne semble pas se retrouver ailleurs.
Les autres groupes de magasins ont chacun un type de construction qui leur est propre, moins original souvent, ou moins défini et qui paraît procéder d'une technique architecturale plus rudimentaire.
Fonctionnement du grenier. - C'est principalement le grain qui est conservé dans les agadir, on y met aussi: beurre, miel, huile, amandes, sel et autres denrées alimentaires: dattes, sauterelles, viande séchée, graisse; c'est là aussi que sont mis en sécurité les actes ou titres de propriété consignés sur de petits morceaux de bois plat, les vêtements de fête, ustensiles pour le thé, l'argent, etc. Autrefois on y entreposait les armes.
Le portier habite le grenier avec femme et enfants s'il en a; chaque soir à la tombée de la nuit il ferme la porte et ne la rouvre le matin qu'au lever du jour.
Ce gardien permanent reçoit des propriétaires un salaire, presque tout en nature; peu ou pas d'argent, mais un certain nombre de mesures d'orge par chambre occupée, et de petits cadeaux au moment de la récolte (beurre, laine, sel).
Le portier est renouvelé s'il ne convient pas, sinon il peut demeurer de longues années; parfois il exerce un petit métier, celui de savetier par exemple.
Quant aux veilleurs, gens d'armes, ils se renouvelaient autrefois nuit et jour et ne touchaient pas de salaire; les sociétaires devaient eux-mêmes assurer cette garde personnellement, cependant les femmes seules pouvaient se faire remplacer par un homme de la tribu qu'elles rémunéraient.
Chaque jour ou chaque semaine, au gré de leurs besoins, les chefs de famille viennent à l'agadir chercher les provisions nécessaires et les distribuent aux femmes par petites quantités afin d'éviter tout gaspillage.
Les étrangers à la tribu ne sont habituellement pas admis à l'intérieur du grenier, non plus que les Juifs.
Autrefois, les échanges ou le commerce pouvaient se faire dans le magasin qui tenait alors lieu de marché. L'agadir était peut-être alors l'organe fondamental de la vie économique berbère, son centre par excellence.
Coutume. - Nous avons signalé l'unité profonde conférée par la similitude de leurs plans aux greniers du versant nord de l'Anti-Atlas occidental;
Une autre unité, celle-ci plus abstraite, se dégage de la conformité des coutumes concernant l'agadir. Ces règles sont écrites, chaque grenier possède un recueil où elles sont consignées ainsi que les tarifs d'amende.
Il est intéressant de constater que tous ces coutumiers émanent à l'origine d'un seul, celui de l'Agadir Oujarit des 1daouska Ouflla, tribu orientale de la Confédération des Illallen. Ajarif est en ruines maintenant, mais sa coutume et ses traditions ont survécu, conservées intactes par les notables de l'Agadir Itourhaïn de la même tribu.
Aujourd'hui encore, tous les agadirs des lIaIlen se réfèrent à cette charte, et c'est à Itourhaïn que sont tranchés les différends. Fait peut-être assez remarquable parmi des sociétés dont l'autonomie anarchique est réputée, et qui ne reconnaissent aucune autorité supérieure; cela devrait-il entrevoir une certaine primauté d'Ajarif autrefois, suprématie dont souvenir ne serait pas encore entièrement effacé?
Il faut ajouter que plus à l'est, vers Irherm et Tata, d'autres tribus témoignent se conformer aujourd'hui encore à la charte d'Itourhaïn et n’ont pas cessé, malgré l'éloignement, de faire arbitrer leurs litiges par le conseil de cet agadir ; il en est ainsi par exemple, des 1daoukensous et de Tagemmout qui ne présentent cependant qu'assez peu d'analogies avec les lIalIen.
A l'ouest également, au delà des Aït Baha vers la plaine, une partie du moins de la Confédération des Achtouken a, elle aussi, adopté ou reçu la loi des 1tourhaïn.
Faut-il ne voir là que la fortune et la diffusion d'un type d'organisation particulièrement réussi, ou l'emprunt de la charte entraînait-il une cerne affiliation, et la formation de familles ou d'alliances? Fait qui s'est produit au Moyen-Age en France vers le XIe siècle au sujet des communes. Une telle unité de coutume semble ne se retrouver qu'au Siroua, parmi les tribus de la Confédération des Ait 0uaouzguit, mais peut-être avec moins de cohésion.
Quant à la charte des lIaIlen, le coutumier des 1kounka, traduit et commenté par M, Montagne, est précisément l'une des nombreuses copies ou répliques de celui d'Ajarif; il comprend un tarif d'amendes assez long et fastidieux dont peuvent se dégager cependant quelques indices sur la psychologie sociale des populations. Les indications les plus intéressantes sont données par les articles concernant la fondation, l'organisation et les extensions de l'agadir ainsi que par les additifs. Le résumé des données les plus essentielles est le suivant:
La fondation d'un agadir résulte de l'association des familles de la tribu ou de la fraction en la personne de leurs chefs. Le terrain choisi est divisé en mesures égales et les étages tirés au sort. On sait que sur trois étages, celui du milieu a plus de valeur, le rez-de-chaussée est moins apprécié en raison de l'humidité du sol, des rongeurs et des risques de vol par perforation du mur extérieur; quant à l'étage supérieur, sous la terrasse, il peut être, en cas de pluie, détérioré par l'eau d'infiltration qui gâterait le grain.
Chaque case est édifiée par les soins de son propriétaire sur un type convenu; l'entretien lui en incombe; il doit la maintenir en bon état, sa dégradation étant susceptible de nuire aux pièces voisines.
Les parties de l'édifice qui sont communes - enclos et dépendances sont à la charge de la collectivité, construites et entretenues par corvées.
Les décisions relatives à la bonne marche de l'établissement ne sont pas prises par la totalité des sociétaires, mais seulement par les plus estimés d'entre eux, formant un conseil de cinq à dix membres environ, parmi lesquels figure le portier. Cette petite assemblée juge les délits et applique les règlements de la charte, perçoit les amendes en argent ou en nature; les notables du conseil bénéficient de ces dernières qui donnent lieu à de solides repas fort appréciés dans un pays où rôde toujours la faim. Ce conseil prend les initiatives opportunes, impose les défenses ou obligations nécessaires ainsi que leurs sanctions; il tranche toutes les affaires du grenier, qu'il s'agisse de réparations, de vols, injures, coups, blessures, adultère, etc.
C'est vers la fin du XVIIe siècle que le coutumier des 1kounka a été établi d'après celui d'Ajarif.
Cependant, M. Montagne ayant fait l'étude intensive de la charte dans sa monographie, l'intérêt serait maintenant d'étendre les connaissances par la comparaison de documents similaires afin d'en induire si possible quelques idées d'ensemble.
La confrontation d'assez nombreux textes permettrait peut-être de préciser l'époque à laquelle la charte originelle a été rédigée, sous quelle influence et quels mobiles.
Bien que rien ne confirme cette hypothèse, on peut envisager que ces règles existaient à l'état oral avant leur rédaction; nous ignorons quelle inspiration primitive a pu en animer la conception (locale, méditerranéenne ou orientale), ni ce qui a pu en déterminer la rédaction. Les tribus auraient-elles par là voulu affirmer leur autonomie envers une autorité étrangère, leur droit à s'administrer elles-mêmes, en établissant et faisant reconnaître. L’existence de leurs traditions et lois propres? Manifestation de résistance, peut-être, envers le gouvernement des sultans ou l’emprise des marabouts et l'imposition du droit coranique. .
Et qui, parmi ces Berbères, aurait su noter en caractères arabes, des règles orales jusqu'alors? Car il est à remarquer que ces canons sont transcrits en langue arabe, langue non familière à ces populations, ce qui implique une transposition des traditions antérieures, à l'état oral en berbère.
L'apparition des actes écrits dans le Sous, paraît avoir suivi l'expansion maraboutique qui diffusa la langue arabe et son écriture vers les XVe et XVIe siècles.
Doit-on supposer que ces codes sont le reflet d'un passé plus ancien, qu'ils ont été accordés par une puissance méditerranéenne colonisatrice et appliqués primitivement dans des régions moins excentriques que celles où ils survivent aujourd'hui? Ces coutumes pourraient avoir été rédigées dans la langue des conquérants, puis conservées oralement après la disparition de ceux-ci; ensuite au cours des derniers siècles, à nouveau transcrites, cette fois en arabe, pour faire échec à un nouvel envahisseur, dans la langue de ce dernier et celle de ses législateurs. Cette nouvelle rédaction n'aurait pas fait disparaître la tradition orale en langue locale berbère.
Précisons que d'avoir été rédigés à une époque indéterminée dans une langue méditerranéenne, cela n'implique pas que ces codes soient aussi de concept méditerranéen. Un exemple contemporain peut illustrer cette supposition: nombreuses sont les coutumes orales berbères consignées en français, dans le but de gouverner les tribus selon leurs lois traditionnelles; ces transcriptions n'ayant qu'un intérêt d'actualité, s'effaceraient du pays berbère sans laisser de traces au cas où la protection française viendrait elle-même à disparaître.
Donc, en résumé, deux hypothèses:
- dans la première, les coutumiers écrits ne sont que la consignation du droit berbère par une puissance occupante et dans la langue de cette dernière.
- deuxième hypothèse: les coutumiers sont des chartes ou des franchises accordées aux Berbères par une puissance étrangère qui en établit la version écrite dans sa propre langue; elles pourraient alors éventuellement émaner aussi de sa propre législation.
Dans l'un et l'autre cas, le système des chartes ne serait qu'un, fossile juridique. Aucun document n'a rien révélé jusqu'à présent - c'est encore toute l'ombre farouche du mystère berbère.
Horoum. - C'est elle encore qui enveloppe l'origine d'un caractère du grenier collectif qu'on ne saurait omettre de mentionner, caractère spirituel celui-ci, c'est de la sacralisation qu'il s'agit, du horoum.
L'agadir est sacré à l'égal d'un tombeau de saint, d'une zaouïa ou d'une mosquée; c'est le lieu saint tel que l'a connu l'antiquité, avec ses interdits et ses privilèges. Nulle action mauvaise ne doit être commise dans le magasin - vol, mensonge, adultère ou meurtre; il est inviolable, c'est donc un lieu d'asile. Le coupable qui enfreindrait quelqu'une des défenses ne tarderait pas à être châtié par les puissances surnaturelles.
Ce caractère sacré peut émaner de plusieurs sources; il peut être dû à la protection maraboutique à laquelle est souvent voué l'agadir, un ou plusieurs personnages religieux sont ses patrons (Tasgent en compte treize et Aggouins des lznaguen dix-neuf). Ce sont des saints de l'Islam ou du moins colorés d'islamisme, souvent originaires de contrées assez lointaines; leurs descendants, s'il en subsiste, viennent chaque année recueillir les offrandes - grain, beurre, laine, argent - accumulées à leur intention dans la case du grenier qui leur est réservée.
Il paraît cependant probable que le substrat de cette croyance est antérieur à l'Islam, et que la sacralisation du grenier témoigne de la survivance des cultes animistes berbères, cultes et rites qui ont survécu jusqu'à l'époque actuelle et que l'Islam n'a pas réussi à effacer tout à fait.
Les travaux de Frazer et de Westermarck ont mis en évidence la vénération accordée à la végétation par certaines sociétés primitives et l'importance des rites du renouveau. Le grain est sacré par excellence parce qu'il est le germe de vie, le principe essentiel, la promesse des moissons futures et de la vie innombrable.
Il n'est pas exclu de penser que le grain conservé dans l'agadir ait communiqué à l'édifice son pouvoir magique et l'inviolabilité sacrée qu'il engendre. Si les marchés autrefois se concluaient souvent dans le grenier, c'est sans doute pour être, eux aussi, couverts par sa protection.
Certains faits paraissent encore aujourd'hui témoigner du respect inspiré par le grain; il serait trop long de nous étendre ici sur ce sujet.
ANTI-ATLAS CENTRAL (versant sud) (tribus: Idaouken sou s, Tagemmout)
Nous venons d'esquisser très schématiquement un type de grenier collectif, reste à tracer un aperçu d'ensemble des autres maisons de tribus du Maroc.
Dans l'Anti-:Atlas encore, mais vers le centre de la chaîne et plutôt sur le versant sud, se trouvent des tribus dont les coutumes sont issues, elles aussi, de celle d'Ajarif; parmi elles: les Idaoukensous, de la région d'Irherm, et Tagemmout.
Là, les traditions architecturales diffèrent. Pas de grenier à allée médiane, mais une cour intérieur quadrangulaire plus ou moins vaste, entourée de quatre corps de bâtiments; le grand axe des cases s'allonge parallèlement aux façades
La construction en pierre tend à disparaître devant celle en pisé dont la technique paraît plus récente, du moins au Maroc. Les toitures sont toujours en terrasse, mais sur les façades, on ne voit plus de dal1es débordantes servant de marches; les murs en terre ne pourraient les supporter et l'on accède aux cases par des troncs à encoches. Devant les portillons, soutenues par des piquets fichés horizontalement, se trouvent parfois de minuscules plate-formes en terre; elles permettent de se tenir en équilibre pour haler les corbeilles de grain et les décharger dans les cases.
Les magasins sont moins vastes que ceux des Illallen. Les céréales sont moins abondantes dans la région; Tagemmout, en effet, appartient déjà aux oasis pré-sahariennes. Elle possédait autrefois une magnifique palmeraie dévastée aujourd'hui par la sécheresse.
ANTI-ATLAS ORIENTAL (Isektan, Tlit et Zguid).
L'extrémité orientale de l'Anti-Atlas a connu aussi les greniers collectifs; il s'en trouve chez les 1sektan, les 1znagen, dans le Tlit, et même dans le Zguid; très ruinés aujourd'hui pour la plupart, les plus grands par la destruction systématique des grands caïds, les autres, qui avaient survécu parce que moins redoutables, succombent à la sécheresse
C'est l'une des régions où se manifeste avec le plus d'évidence l'abandon des grands greniers- forteresses.;. construits en pierres, nichés entre ciel et terre sur des pitons vertigineux,en faveur de magasins plus petits, construits en pisé dans les plaines ou les vallées, et moins défensifs. L'étude des agadirs de cette région est malheureusement difficile en raison de leur état de grande désuétude.
ANTI-ATLAS (zone pré-saharienne et Bani).
Quant à l'ensemble des magasins du versant sud de l'Anti-Atlas, d'un bout de la chaîne à l'autre, ils diffèrent profondément de ceux du versant nord.
Ce sont des greniers à caractère de citadelle très marqué, construits en pierres, agrippés à un site inaccessible, souvent sur un éperon, protégeant derrière eux une ou deux grandes enceintes pour les familles, les petits artisans, les troupeaux. C'étaient, semble-t-il, les magasins de tribus à demi-pastorales.
Ces agadirs sont presque tous désertés aujourd'hui; leurs ruines se dressent encore, émouvantes, notamment à chaque brèche du Bani dont la chaîne, étroite et vive comme une arête, jaillit le long du désert, depuis les plaines atlantiques à l'ouest jusqu'aux Tazarine à l'est, au delà de l'oued Dra: saisissant rempart naturel, au lieu même où deux mondes s'affrontent.
Donc aucune unité entre les différents groupes de greniers de l'Anti Atlas. La géographie physique de la montagne semble pouvoir rendre.
SIROUA
(Aït 0uaouzguit)
Il n'est qu'une seule région, le Siroua, où un ensemble de greniers puisse - par la cohésion de la coutume - être mis en parallèle avec le groupe des llaIlen, c'est celui des Aït 0uaouzguit.
Là se retrouve une unité de charte. Celle d'Amasine des Ikhzamen semble prédominer; certaines tribus cependant prétendent en avoir une aussi fameuse, telles les Aït Semg'an et les Aït Azila1.
L'architecture des Aït 0uaouzguit varie beaucoup en fonction de l'altitude ou de l'ancienneté. Tous ces magasins sont assez exigus; situés dans des vallées, les plus récents, en pisé, sont souvent de plan quadrangulaire. Ce type peu original tend à se répandre parce que l'édification en est de réalisation facile et peu coûteuse.
D'autres greniers, au contraire, sont fort étranges: circulaires, en pierres, ils évoquent les tours des Libyens mentionnées par Diodore de Sicile au 1er siècle av. J.-C. Il semble que l'on touche là des fonds très anciens.
GRAND ATLAS OCCIDENTAL
Tous les greniers déjà énumérés font partie du groupe chleuh; il en est encore ainsi de ceux du Grand-Atlas occidental, au nord de la vallée du Sous. Nous avons peu de documents sur cette région, n'ayant pu en visiter qu'une faible partie, au nord de Taroudant
Là aussi, les divergences entre les versants sont notables, tant au point de vue des hommes que de l'architecture. Les crêtes qui les séparent se maintiennent à 3.000 mètres d'altitude en moyenne; les cols rares et difficiles, même en été, sont bloqués par la neige d'octobre à juin; donc pas de courants d'échanges entre les tribus du Nord et celles du Sud.
La zone des crêtes, très âpre, aux étroites cultures en terrasse, est peuplée de montagnards; ses ressources sont restreintes.
Les greniers sont petits, ramassés, construits en pierre ; ils ne sont pas grands non plus sur le versant sud, mais à cour quadrangulaire et construits en pisé.
GRENIERS DES IMAZIRHEN
GRAND ATLAS ORIENTAL (versant nord)
Les magasins des Imazirhen ont, pour la plupart la forme d’un grenier familial, une grande maison à étages appelée irherm, à patio central ou à vestibule médian. Elle peut être en pierre ou en pisé selon les régions.
Les plus anciens magasins de l’Atlas Central ont été aménagés dans des grottes ou des abris sous roche, sur les parois verticales de certaines falaises; ceux-là peuvent être très importants; véritables greniers de tribus, comprenant plusieurs centaines de cases.
On accède à ces magasins par une sorte de passerelle en branchages ou une cheminée dans le rocher; la difficulté d'amener le grain dans les cases est parfois telle qu'on ne peut le faire que du haut de la falaise, en versant le grain par des tlij de tente cousus en tuyaux,
On tend peu à peu à abandonner ces grottes et à les remplacer par de petits irherm à proximité des terrains de parcours. Ce sont là les greniers du Grand Atlas central et, semble-t-il, aussi du moyen Atlas.
A l'est, dans le Grand Atlas oriental, l'existence du grenier collectif n'a pu être relevée, son aire d'extension semble finir vers l'est au nord de Skoura, avec les Aït bouguemmez sur le versant nord, et les Nerhran sur le versant sud. Les uns et les autres ont dû faire partie autrefois du groupe puissant des Haskouren et présentent avec les Chleuhs d'assez nombreuses ressemblances. C'est la zone de passage du monde chleuh à celui des 1mazirhen.
Rares sont les magasins collectifs dans les vallées du Mgoun, du Dadès de l'lmdrhas, mais on trouve là de grandes maisons communes.
GRENIERS DES IMAZIRHEN
GRAND ATLAS ORIENTAL (versant sud)
Ce type d'habitation collective semble de même conception que le grenier, mais adapté à un climat rude, aux nuits froides, aux hivers glacés; il faut pouvoir vivre sans sortir et abriter les quelques animaux qui n'ont gagner les pâturages d'hiver.
Donc, et c'est logique, dans la maison commune, de chaque côté d'une elle couverte, s'alignent de petits logements individuels tous semblables. , comprennent chacun un rez-de-chaussée où se trouvent écurie, étable, ambre à paille et réserve de bois; un premier réservé à l'habitation, avec cuisine et chambre à grain; une terrasse enfin, entourée de murs; té on y fait la cuisine sous un abri de branchages et l'on peut s'y reposer. Certains, sur la terrasse, construisent un petit salon de thé pour recevoir les hôtes.
La maison commune n'a qu'une entrée facile à garder ou à défendre. Presque toujours. Une tour de guet se dresse à chaque angle de l'édifice 'entoure souvent un petit rempart de pierres sèches.
Il est aisé de reconnaître sous cette forme le principe qui caractérise
grenier collectif: celui de propriétés et d'intérêts privés réunis sous aspect d'un établissement collectif.
GRENIERS DU RIF
Parmi les principaux groupes de greniers berbères au Maroc, reste à mentionner celui du Rif. Nous regrettons de n'avoir pu le visiter, car il paraît assez particulier.
Les magasins collectifs du Rif sont de petites palafittes en bois, sur pilotis, couvertes en chaume; elles sont individuellement isolées les unes des autres mais groupées sous une surveillance commune, facile à exercer, semble t-il. Ces petites cases paraissent inexpugnables, agrippées aux pentes presque verticales de montagnes abruptes.
CONCLUSION
Les informations communiquées au cours des dernières années par d'assez nombreux observateurs sont relativement abondantes et portent sur tout le pays berbère. L'ensemble de cette documentation permet d'envisager les raisons d'existence du grenier collectif, l'état actuel ou récent de l'institution, vitalité ou désuétude, les hypothèses enfin relatives à son origine et à son développement.
Raison d'être du grenier collectif.- L'existence du grenier collectif.-" paraît, nous l'avons vu, en rapport étroit avec l'économie du pays; elle résulte aussi de l'insécurité, des risques de guerre et de pillage.
Nous avons tenté de faire entrevoir la variété des conjonctures économiques selon les régions envisagées. Il faut aussi retenir que, parmi ces contrées forts diverses, même les plus favorisées ne peuvent espérer une bonne récolte annuelle. On peut dire, dans l'ensemble, que la bonne récolte est l'exception, et la récolte nulle ou désastreuse, au contraire, bien plus fréquente.
D'autre part, en l'absence d'un pouvoir central fort, les guerres intestines et l'état de révolte envers les sultans ou leurs gouverneurs, isolaient les tribus rebelles, coupaient les communications, interdisaient l'accès des plaines, des marchés, et la possibilité de se procurer des vivres hors tribu.
Une économie aussi fermée contraignait à stocker au cours des années d'abondance en vue des prochaines disettes, d'où nécessité de posséder un édifice sain, aéré, permettant d'assurer une longue conservation, et facile à défendre contre les expéditions du Makhzen ou les coups de main des tribus voisines affamées.
Dans certaines régions, le caractère défensif est fortement accusé. Il est poussé à son maximum sur le versant sud de l'Anti-Atlas, en raison, peut-on croire, des assauts répétés que pouvaient lancer les nomades sahariens.
Il semble donc que les conditions naturelles aient imposé l'impérieuse nécessité de stocker et que s'y soit ajoutée celle de parer aux ravages causés par la guerre; l'usage du grenier collectif serait né de ces raisons.
La structure sociale des tribus semble, elle aussi, résulter des conditions naturelles. Pas d'état central dont le pouvoir s'étende et se ramifie au loin; il n'aurait pu établir son commandement ni le maintenir sur des vallées et territoires cloisonnés par un relief aussi tourmenté, mais une multiplicité de petites sociétés, juxtaposées et oligarchiques. Le mot « Etat » semble un peu lourd pour de petits organismes aussi rudimentaires, gouvernés par leurs patriarches les plus estimés s'imposant par leur âge, leur caractère ou leurs richesses.
Ces groupements conservent, semble-t-il, un caractère privé, opposé à la notion d'Etat, et qui se manifeste dans l'organisation de leurs greniers collectifs. Celle-ci résulte de l'association des chefs de familles; leurs intérêts se confondant avec celui de la politique ou de la « chose publique»
Etat actuel ou récent de l'institution. - Si l'on considère l'état actuel de l'institution, on constate qu'elle témoigne encore d'une grande vitalité, malgré les destructions systématiques imposées par les grands chefs et bien que très éprouvée par le contrecoup d'une grande sécheresse.
Lors du développement de la puissance des grands caïds dans le Grand Atlas occidental, ceux-ci, afin d'assurer leur autorité, ont fait raser de nombreux greniers-citadelles, notamment dans le Grand Atlas lui-même et, plus au sud, dans l'Anti-Atlas oriental, chez les Sekana et Zenaga.
On remarque d'ailleurs que la destruction a surtout frappé les magasins les plus fortifiés, en plein ciel, sur des rochers jaillissants et inaccessibles.
Des greniers plus petits et moins redoutables subsistent dans les mêmes régions.
Si les pillages de guerre ont disparu, d'autres risques subsistent en effet: mauvaise conservation à la maison, vol, incendie, gaspillage des femmes; l'emmagasinement dans l'agadir ou l'irherm offre plus de garanties, et la protection sacrée qui y règne n'est pas sans valeur.
Enfin, c'est à l'entrée de l'agadir que les hommes du clan se réunissent pour se reposer et échanger les nouvelles; cette maison de tribu représente pour les Berbères, ce que sont, pour les paysans de France, la mairie et le café du village.
Les greniers collectifs gardent donc la faveur et l'affection des tribus, leur survivance paraît désirable; le stockage au cours des bonnes années compense partiellement l'incertitude des récoltes et aide à pallier les famines, dans des régions souvent excentriques et de communications difficiles.
La sécheresse persistante des dernières années a malheureusement condamné beaucoup de greniers à la mort, la ruine ou l'inaction momentanée. .
Nombreux aussi sont les villages désertés, les sources ne suffisant plus à abreuver les bêtes ni même les gens. Parfois la population valide seule s'est expatriée pour se louer et accomplir les travaux agricoles dans d'autres tribus moins éprouvées; parfois aussi, c'est l'abandon du village qui s'impose à tous.
Si l'eau vient à temps revivifier le pays, les habitants peuvent revenir, reprendre les cultures, et le grenier renaît; le cas est plutôt rare, c'est alors l'exode du clan ou de la tribu, voué à disparaître.
Origine du grenier collectif (hypothèse). - Nous avons dit que le grenier collectif était une institution de tribus sédentaires. Au Maroc, du moins, il paraît vraisemblable que des agriculteurs sédentaires aient été les premiers à en faire usage; dans la suite, des nomades contraints à se fixer ont pu les imiter.
Il paraît difficile d'attribuer aux tribus nomades l'invention du magasin collectif tel que nous le connaissons; cela impliquerait à la fois la connaissance de la culture des céréales et des techniques architecturales; cela supposerait aussi une structure sociale non adaptée à la vie nomade.
Peut-être est-il permis d'imaginer cependant que, dans un passé très primitif - nous pensons en millénaires -, des chefs de tribus pastorales aient mis individuellement quelques biens en sûreté dans des cachettes, des grottes ou des sites fortifiés par la nature; ils purent y mettre en réserve le fruit des cueillettes: plantes ou graines sauvages.
Plus tard, lorsqu'ils connurent l'agriculture, sans doute y conservèrent-ils quelques produits du sol, et la découverte de l'architecture aurait permis à ces patriarches d'aménager les lieux qui leur servaient de magasins.
L'évolution se poursuivant aurait atteint la phase du morcellement de l'autorité monarchique primitive, entraînant le partage et la division du magasin-forteresse, entre frères, ou entre les principaux membres du clan.
Aujourd'hui encore, nous pouvons assister, dans certaines tribus, à ce fractionnement de la propriété à l'intérieur du grenier; cela se produit au moment des héritages, chacun voulant posséder une case en propre, si réduite soit-elle, les mesures initiales de la fondation sont divisés en deux, trois, quatre même. La fragmentation du bien familial est extrême.
En effet, si la population a pu s'accroître, les ressources naturelles ne se sont pas multipliées.
Ce déséquilibre entre la densité de population et les possibilités de subsistance serait aussi la cause profonde des discordes, des guerres et de la ruine de certaines tribus. C'est le problème universel est toujours actuel de l'espace vital.
Que cette hypothèse soit ou non valable, c'est un stade d'émiettement inorganique que nous observons aujourd'hui; il présage l'extinction totale d'une société à bout de sève.
Tel qu'il nous apparaît, l'agadir ne peut représenter la première tentative d'organisation de la cité naissante. Il ne semble pas être le germe d'expansion future d'une société jeune, en cours de formation, mais l'indice, au contraire, d'une évolution régressive, de l'effritement d'une société usée, en décomposition, et près de disparaître.
Le passé lointain et la grande aventure du grenier-forteresse aux cent visages ne sont pas révélés. Où, quand et comment cet usage traditionnel s'est-il formé? Il ne nous est pas permis de répondre; les documents sont incertains ou font totalement défaut, même en ce qui concerne les temps récents.
C'est dans leur état actuel seulement que d'assez nombreux magasins ont pu être situés et étudiés avec une certaine précision. Cela donne à penser qu'au cours de l'évolution historique, l'organisation des tribus a pu, pendant un temps, reposer sur cet organe essentiel,
L’étude des coutumiers déjà recueillis et de ceux qui pourraient encore être mis au jour nous révèlera-t-elle de nouveaux éléments? Cette chance demeure encore d’éclairer un peu la vieille histoire noyée d'ombre des Berbères et d’en deviner quelques énigmes. »
D’après un article de : Dj. Jacques-Meunié, Greniers collectifs, Hespéris, 1949, pp. 87-137.
Bibliographie: P. Dupas, Note sur les magasins collectifs du Haut-Atlas occidental, Hesp. Tome IX, 1929, pp. 303-321 ; R. Montagne, Un magasin collectif de l'Anti-Atlas: l'Agadir des Ikounka,Hesp., 1929; le même, Les Berbères et le Makhzen dans le Sud du Maroc, Paris 1930, 253 sqq.; le même, Villages et Kasbas Berbères, Paris, 1930, 9 sqq.; J. Gattefosse, les greniers de falaises forme ancienne d’Agadir collectif, B. S. P. M, Rabat, 1934 ; Dj. Jacques-Meunié, Greniers collectifs, Hesp., 1949, 97 sqq.; la même, Greniers-Citadelles au Maroc, Paris 1951 ; J. Despois, Les greniers fortifiés de l’Afrique du Nord, C.T., Tunis, 1954, pp. 1-58 ; J. Berque, Structures sociales du Haut-Atlas, p. 35, no1 : G. Camps, Berbères aux marges de l’histoire, Ed. des Hespérides, Toulouse, 1980, pp. 280 sqq ; Ch. De Foucauld, Reconnaissance au Maroc, p.62 ; Dictionnaire Touareg-Français, t/ I, p. 400.
Inscrit le: Feb 02, 2005 Messages: 4320 Localisation: voisine de soria, tahnaout, hold up geopolitique
Posté le: 12 Mar 2006, 14:30 Sujet du message: enorme merci
un enorme merci a vous iaissi, en effet quand rachid a su que je travaillait sur une presentation a la fac sur les greniers d'agadir, il m'as parlé de vous, toi et une de tes soeurs qui etes specialisé dans l'archeologie.
j'ai beaucoup parlé avec toufe-ithry, votre soeur, et quand je lui ai parlé de ce sujet, elle m'as dit que vous et votre autre soeur pourraient m'aider, mais comme je lui ai dit, j'ai encore un peu de temps pour ma presentation, et je ne veux en aucun cas vous deranger en ce moment.
mais en tout cas je te remercie enormement(exuze moi de te tutoyer j'ai beaucoup de mal avec le vouvoyement il n'y a rien d'impoli c une habitude francaise desolée )
ca va enormement m'aider tout ce que tu as donné, pour les images c pas si grave, je pense pouvoir trouver ce qu'il me faut j'en ai deja quelques unes,c vraiment trés gentil a toi, et je remercie de tout mon coeur Rachid(allah irehmo) qui des qu'il a vu ma demande m'as parlé de vous, c'etait un grand coeur toujours la pour nous aider!
merci de poster ca en son nom, je te suis vraiment reconnaissante, encore une fois merci beaucoup beaucoup
Posté le: 12 Mar 2006, 19:11 Sujet du message: C'est avec un grand plaisir
salut, c'est mois qui te remercie naila pour m'avoir permis, grâce à Rachid allah Irhmou, d'accérir des informations complémentaires sur les Igoudars, ces grands chefs d'ouevre de l'architecture amazighe, Je remercie aussi tous les responsables et membres de tamazight.biz pour tout ce savoir qu'ils nous présentent et qui nous est fort util dans un monde qui tend à oublier la véritable significations de mots tels histoire, patrimoine et culture. C'est en plus avec un grand plaisir que je compte partager mes très très modestes informations en archéologie ou en histoire avec les membres et invités du site, parce que c'est bénifique autant pour moi qu'aux autres; donc pas de dérangement, nous sommes sur ce site pour accérir un maximum d'informations et de savoir utils.
Inscrit le: Feb 02, 2005 Messages: 4320 Localisation: voisine de soria, tahnaout, hold up geopolitique
Posté le: 12 Mar 2006, 19:40 Sujet du message: bienvenue
et bien je te souhaite un trés trés grand bienvenue parmis les tamazighnaute cher iaissa, nous avons toujours besoin de nouvelle personne de savoir en plus et d'echange, c'est le but de ce forum, nous comptons sur ta participation ainsi que les autres membres de ta famille
merci de vous joindre a nous et nous esperons echanger de tout avec vous, les sujets sont multiples et riches, jesper que tu participera des que tu peux
au fait si ce n'est pas indiscret tu as une specialité en archeologie ou bien tu etudie tout?
j'ai un professeur specialisé en archeologie du maghreb(maroc et tunisie)
c'est avec lui que je dois faire cette presentation d'ailleurs!je dois aussi etudier l'archeologie des villes dites islamiques en me concentrant sur Nekur(nord du maroc) si tu connais.
bref c'est trés interessant je comprend que ca puisse passionner
je te souhaite beaucoup de courage et de reussite
mais deja bienvenue parmis nous cher iaissa
Posté le: 12 Mar 2006, 22:08 Sujet du message: A propos de Nakur
merci pour l'acceuil, en fait, je fais de l'archéologie préislamique mais il nous arrive de débarquer sur les autres spécialités surtout qunand on travail sur des sites qui ont connu plusieurs phases d'occupation allant de la période préromaine jusqu'à celle islamique comme Volubilis,Lixus et Tanger. Concernant le site islamique de Nakur, pour déja avoir des informations sur la ville d'après les sources arabe il est intéressant de consulter l'ouvrage de : A. Siraj, L'image de la Tingitane. L'historiographie arabe médiévale et l'antiquité nord-africaine, Rome, 1995.
Je promets d'envoyer des données sur Nakur dans mon prochain message.
Inscrit le: Dec 04, 2005 Messages: 2234 Localisation: acheouen
Posté le: 13 Mar 2006, 1:18 Sujet du message: orfévres
la technique utilisé actuellement dans la location des coffres pour déposer les bijoux, les titres, les testaments et autres auprés des Banque.
ce que je veux savoir: les tarifs des greniers