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Les danseuses qui nous viennent de l’Est

 
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Dades
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MessagePosté le: 18 Fév 2006, 23:49    Sujet du message: Les danseuses qui nous viennent de l’Est Répondre en citant

Certaines boites de nuit de Casablanca offrent des spectacles peu communs. Des filles de l’Europe de l’Est, à la beauté de déesses grecques, s’y produisent comme danseuses. L’expérience acquise au Maroc leur permet ensuite de décrocher un visa pour l’Europe. Dans l’univers de la nuit, la vigilance des employeurs ne prémunit pas contre les effets pervers de l’argent. Certaines cèdent à une clientèle de richards casablancais et monnayent chèrement leurs charmes.

CASABLANCA prépare avec beaucoup de ferveur les fêtes de fin d’année. Les journées de ce mois de décembre 2005 sont encore calmes, voire inanimées. Pas une seule guirlande n’est déroulée. Les jeux de lumières qui contribuent à plonger les habitants de la ville blanche dans l’ambiance des nuits festives sont encore dans les placards de la Communauté urbaine. Une bonne partie des Casablancais préfère les nuits "chaudes" de Marrakech ou d’Agadir, bien plus animées que celle de la ville blanche. Cependant, l’économie nocturne de Casablanca ne s’arrêtera pas pour autant. Certes, il faut aux boites de nuit et autres cabarets beaucoup d’imagination pour satisfaire certains inconditionnels. Mais ce n’est apparemment pas l’imagination qui manque. Les soirées-spectacles, les soirées à thèmes et autres animations nocturnes sont légion. Dans ce registre, il semble désormais que les Casablancais soient de plus en plus demandeurs d’exotisme. Certains propriétaires de cabarets ont flairé le pot aux roses. Ils ont eu une idée : faire venir des filles des pays d’Europe de l’Est pour se produire en spectacle.

Les yeux rivés sur la danseuse

Sur le boulevard Mohammed V, Alcazar est une boîte de nuit sélecte. Les applaudissements nourris témoignent de spectacles fort appréciés. Jeudi 16 décembre, c’est justement jour de spectacles. Sur la piste, une danseuse se trémousse au rythme d’une musique tantôt endiablée, tantôt mélodieuse, mais toujours dansante. Le public est majoritairement composé d’hommes non accompagnés, de quelques couples et, au bar, de filles seules. Les hommes ont plus les yeux rivés sur la danseuse qu’ils n’ont les oreilles tendues vers la musique. C’est parce que ce spectacle-là est destiné à attirer la gent masculine. Car il s’agit d’une danseuse du ventre. Une jeune fille svelte, mais dont les formes bien généreuses semblent stupéfier le public. Elle va de table en table s’attardant une trentaine de secondes pour séduire. De temps en temps, un client lui glisse un billet de banque dans la ceinture de perles ou sous le soutien gorge. Le spectacle aura duré plus d’une dizaine de minutse. Mais ce soir, c’est dommage il n’y aura que cette danseuse de musique orientale. Pourtant, c’est bien cette boîte de nuit qui a la réputation d’offrir des spectacles de jeunes filles de l’Est. Il y a longtemps, semble-t-il que la boîte de nuit Alcazar a franchi le Rubicond. Il faut alors s’approcher du personnel pour en avoir le cœur net. "Oui, c’est bien ici la boîte de nuit des Ukrainiennes et des Russes", confirme l’un d’eux. "Mais nous ne sommes pas les seuls", poursuit-il. Apparemment, c’est un milieu où l’information est vite partagée. Très vite une autre boîte est indiquée où l’on pourrait trouver des danseuses de pays de l’Europe Orientale. Il faut cependant se rendre sur la côte à Aïn Diab. Ce soir-même, il y a un spectacle.

Juste un récepissé

Mais on ne saurait quitter Alcazar sans glaner quelques précieuses informations. Car le fait que des jeunes filles des pays de l’Est offrent des spectacles aux Casablancais soulève tout de même quelques questions. Qui sont-elles ? Comment viennent-elles au Maroc ? Combien gagnent-elles pour devoir quitter leur pays ? N’y a-t-il pas de prostituées parmi elles ? Cette fois, les questions semblent gêner notre interlocuteur. Il faut se montrer un peu convaincant. Une poignée de mains avec un petit billet de banque peut toujours donner ses fruits. On ne sera pas déçu. Très vite, la langue de cet employé avide de pourboires se délie. En réalité, ces filles viennent au Maroc par le biais de deux personnes de nationalité Espagnole. Malheureusement, il faudra se contenter de leur prénom seulement. Il s’agit d’Adriano et de Jose. Ils sont décrits comme deux charmants hommes d’âge mûr, qui sont des habitués de Casablanca. Adriano et Jose s’occupent des contrats de travail négociés au préalable avec les filles qu’ils vont recruter dans leur pays. C’est d’ailleurs grâce à ces contrats que les filles obtiennent leur visa pour le Maroc. Officiellemen,t ce sont des artistes et non des danseuses, car cela facilite les formalités administratives. En effet, pour obtenir les visas, il faut justifier que le travail pour lequel les jeunes filles sont recrutées ne peut être exécuté par d’autres filles marocaines. Le contrat d’artiste entre justement dans ce cadre. Cependant, certaines précautions sont prises, car il faut que les filles produisent des rapports médicaux en bonne et due forme. Les employeurs marocains sont en effet très exigeants sur cette question. Enfin, une fois qu’elles obtiennent leur visa de travail, il reste à décrocher leur titre de séjour. Pour six mois de résidence seulement, les danseuses n’ont naturellement pas besoin de leur carte de séjour. Elles se contentent d’un récépissé de dépôt d’une demande de séjour pour circuler à l’intérieur de Casablanca et dans le reste du Maroc. Quoi qu’il en soit, elles sont en règle comme tout autre travailleur étranger.

Le Maroc n’est qu’un tremplin

Cependant, les contrats de travail sont de six mois seulement. Grâce à ces contrats, les filles sont payées entre 100 et 150 dirhams la nuit, ce qui apparaît comme un salaire bien maigre au vu des 6000 kilomètres parcourus pour les percevoir. Cependant, le logis et le couvert sont assurés par les employeurs marocains. D’ailleurs, quand elles viennent, les filles travaillent aussi pour une autre boîte de nuit qui tient dans une villa à Aïn Diab. Il s’agit de Mme Toutou qui a le même propriétaire que la boîte du Boulevard Mohammed V. C’est dans cette villa que les filles sont logées, puisqu’il n’y a pas de spectacle le jour. Les filles viennent de l’Ukraine et de la Russie. Avant l’entrée de la Roumanie dans l’Union européenne, certaines danseuses étaient recrutées dans le pays de Nicolae Tcheosescu. Aujourd’hui, ce n’est plus nécessaire. Le Maroc n’est qu’un tremplin pour les pays de l’Union européenne. Le fait d’avoir travaillé dans un pays étranger, donne plus de crédit à leur statut de danseuses professionnelles. Alors très vite, elles peuvent décrocher leur visa pour l’Europe où elles poursuivront leur carrière dans la danse ou un autre domaine, moins rose cette fois : la prostitution. Car en effet, c’est inévitable. En Europe, les réseaux de prostitution des pays de l’Est sont bien connus. En France par exemple, près d’une prostituée sur cinq vient des anciens pays soviétiques où des mafias bien organisées les entretiennent pour mieux les exploiter et vivre de leur revenu.

Discrets petits à-côté

Au Maroc, par contre, les patrons qui les emploient ne veulent pas prendre de risque avec les autorités. Pendant le spectacle, les filles ne sont même pas autorisées à parler avec les clients. Cependant, certains clients bien fortunés parviennent à avoir des spectacles à domicile. Mais la soirée privée doit être organisée par la boîte de nuit elle-même pour le compte du client demandeur. Le client paye ainsi directement l’employeur qui, à son tour rémunère la fille, tout en évitant qu’il puisse y avoir les dérapages que l’on sait. La danseuse pourra toujours recevoir un pourboire qui lui est propre, en fonction de la satisfaction du client pour son numéro. Pourtant, cet employé assure que certaines danseuses parviennent à échapper aux mailles du filet et à se faire des à-côtés. Elles réussissent à profiter de leur jour de repos pour fixer des rendez-vous avec des clients qui ont réussi à les approcher durant le spectacle ou bien dans des soirées privées organisées par l’employeur. Et là, ce n’est sûrement pas pour un numéro de danse, mais pour une nuit chaude où leurs faveurs sont bien payées. Elles peuvent ainsi percevoir entre 1000 et 2000 dirhams au cours d’une seule soirée, dont personne n’est au courant. Car, il faut le souligner, la recherche de l’exotisme se paye au prix fort en matière de sexe.

Les prix ne découragent pas la clientèle

A présent, cap sur la boîte qui nous a été désignée par notre indicateur. Il faut traverser toute la ville pour se rendre sur la côte. Il est environ 1 heure du matin. La nuit d’un jeudi n’est jamais très animée. Seuls quelques inconditionnels sortent. Dans la boîte de nuit, n’entre pas qui veut. Il faut là aussi se montrer assez convaincant. A notre arrivée, un imposant videur demande si nous avons une réservation. Ce n’était pas le cas, mais il fallait bien entendu répondre par l’affirmative. Cela ne suffira pas. Pas plus que le sourire forcé d’ailleurs. Alors, il faut la bonne veille méthode du billet de banque, puisqu’il n’était pas question de décliner son identité de journaliste. Quelques minutes plus tard, le videur cède. Sans doute, la nuit du jeudi y a aidé, parce que les soirées « full », il n’est pas question de laisser un quidam franchir les imposantes portes de cet endroit à mi-chemin entre la boîte de nuit et le cabaret. Le lieu-dit n’a rien de différent des boîtes de Casablanca. L’endroit est chic, le rouge domine le décor. Il y a une cinquantaine de clients, répartis sur une trentaine de tables, dont encore une fois la majorité sont des hommes. Cette fois c’est la bonne, deux filles sont sur une estrade très peu surélevée, mais assez haut pour permettre à tous les clients de bien apprécier le spectacle. Même, à une dizaine de mètres, et malgré la relative pénombre de la salle, on distingue nettement les traits russes des danseuses. Elles sont toutes deux blondes. Pour environ 1 mètre 75, et 1 mètre 80, elles ne devraient pas peser plus de 60 kilos. Elles sont au bord d’un idéal de beauté féminine. Apparemment, les clients en ont pour leur argent. Car, si l’entrée n’est pas payante, la consommation est loin d’être donnée. Une bouteille de whisky ou de vodka y coûte en moyenne 1000 dirhams. Alors que la champagne y est payé jusqu’à 2000 dirhams. Pour la bière, il faut débourser 50 dirhams par bouteille. Mais ces prix ne semblent pas décourager la clientèle. Si l’endroit est aussi bien rempli le jeudi soir, c’est que les week-ends, il doit refuser du monde.

Bientôt, « un arrivage »

Les deux danseuses feront tour à tour plusieurs numéros de danse dans des tenues qui les laissent presque nues. C’est sans doute ce qui plaît aux spectateurs. Il ne s’agit, toutefois pas de strip-tease. En effet, elles entrent sur scène avec un deux-pièces qui leur laisse les jambes et le ventre nus, mais elles ne s’effeuillent pas dans leur spectacle. Là aussi le sérieux est exigé, selon toute vraisemblance, bien quelles adoptent quelquefois des positions très suggestives, pour les besoins du spectacle. Elles dansent surtout sur le fond d’une musique techno. Ce n’est que vers 5 heures du matin que le spectacle pend fin, sur une tonalité slave alors que la salle s’est vidée de la moitié de sa clientèle. Pour le moment, c’est dans cette seule boîte qu’il est permis aux amateurs d’exotisme d’observer les danseuses des pays de l’Est. Pas pour longtemps, cependant. En effet, les deux précurseurs de cette nouvelle offre que sont Alcazar et Mme Toutou, attendent un « arrivage » pour les fêtes de fin d’année. Adriano et Jose seraient allés « la-bas »... Une trentaine de filles devraient bientôt venir réchauffer les nuits glacées d’hiver de quelques centaines de Casablancais. Elles seront dispatchées sur quelques boites et resteront, elles aussi, près de six mois avant de s’envoler vers d’autres cieux. Européens cette fois.

Natacha et le patron de l’hypermarché

Natacha est une jeune Bosniaque de 24 ans. Elle était sans doute une des plus belles parmi la trentaine de filles qui étaient venues avec elle cet été 2005, pour travailler chez Mme Toutou et à Alcazar, deux boîtes de nuit de Casablanca. Du haut de ses 185 cm, elle ne pesait que 55 kg. Sa chevelure blonde la rendait encore plus aérienne. Une vraie bombe sexy et charmante. Avec cela, une excellente danseuse orientale. A elle seule, elle était capable de remplir les salles. Mais bien entendu, elle savait aussi monnayer ses charmes. La jeune femme a réussi à tourner la tête du parton d’une chaîne d’hypermarchés à Casablanca. Ce dernier lui envoyait régulièrement son chauffeur qui venait la chercher. Bien entendu, elle s’approvisionnait gratuitement dans la chaîne d’hypermarché grâce notamment à des bons signés de la main même dudit patron. Ils entretenaient ainsi une vraie idylle qui a brusquement pris fin avec le départ de la charmante jeune femme. En effet, à la fin de son contrat de six mois, elle a pu avoir un visa pour l’Espagne où elle a rencontré un autre homme qui n’a pas pu lui résister. Ils sont aujourd’hui mariés. Sans doute beaucoup de ses copines rêvent d’avoir la même histoire au Maroc qui finira par un mariage en Europe.

Faible niveau de vie des pays de l’Est

Certes, les 3000 à 4000 dirhams que rapporte aux filles des pays de l’Est le travail de danseuses au Maroc est très faible. Mais, cela représente deux fois le salaire moyen en Russie et dans la plupart des pays de l’ancien bloc soviétique. En fait, les niveaux de vie dans ces pays demeurent bien trop faibles et le taux de chômage dépasse largement celui du Maroc. C’est dire que ce salaire, est loin d’être négligeable. Aujourd’hui, avec l’entrée dans l’Union européenne de certains Etats comme la Roumanie, la Lettonie ou la Lituanie, les pays émetteurs de ce type d’émigration vers le Maroc sont réduits de moitié. Il faut aussi relativiser cette immigration qui reste très faible et circonscrite dans la durée. En effet, c’est surtout pendant les fêtes de fin d’année et pendant les mois de juin, juillet et août que la demande est la plus forte mais ne dépasse guère quelques dizaines de danseuses par ville. Enfin, il faut reconnaître que ce phénomène n’a pas commencé à Casablanca, mais dans des villes plus touristiques comme Marrakech ou Agadir.

Les Ukrainiennes du Mövenpick de Tanger

A Tanger, depuis l’installation du Mövenpick, la plus grande unité hôtelière de la ville, les filles des pays de l’Est font partie du paysage. En effet, elles travaillent dans le Casino de l’hôtel. Cependant, elles ne sont pas choisies pour leur beauté ou pour leur qualité de danseuse. D’ailleurs, elles ne dansent pas du tout à l’intérieur du Casino. Elles permettent surtout d’attirer une clientèle russophone qui est souvent très fortunée et qui doit être traitée en hôte de marque. Elles n’ont jamais dépassé une dizaine de jeunes filles en nombre. Leur contrat dure plus de six mois, contrairement aux danseuses de Casablanca. Certes, elles aussi ne peuvent échapper aux avances de la clientèle, mais les règles strictes qui leur sont imposées les contraignent à ne pas sortir avec les clients du Casino, souligne un responsable.

Les danseuses de l’Est ici, les Marocaines ailleurs

Si les filles des pays de l’Est font le bonheur des Casablancais, Marrakchis ou Gadiris, les Marocaines elles font leur spectacle dans les pays du Moyen-Orient. En effet, elles sont nombreuses, entre 19 et 26 ans, à être recrutées par des hommes d’affaires jordaniens, syriens, Bahreïnis ou Emiratis par le biais d’intermédiaires qui perçoivent au passage une bonne commission. Généralement, ce sont des contrats de travail légèrement différents de ceux des filles de l’Est qui leurs sont proposés. On leur promet de travailler comme réceptionnistes ou femmes de ménage dans des hôtels ou entreprises. Ce n’est qu’arrivées sur place qu’elles découvrent le pot aux roses. Généralement, elles doivent se produire en spectacle comme danseuses, si elles ne sont pas purement et simplement contraintes d’intégrer des réseaux de prostitution. "Les sorties leur sont interdites", explique Khadija qui a été victime de cette arnaque et qui a réussi à s’en sortir grâce à un influent homme d’affaires qui avait fini par tomber amoureux d’elle. Aujourd’hui elle est revenue au Maroc après avoir passé 14 mois en Jordanie. Elle travaille comme serveuse dans un café du centre ville de Casablanca. Le contrat qu’elle avait signé lui interdisait de travailler pour un autre employeur, alors que le salaire qui lui était payé lui permettait à peine de subvenir à ses besoins ou encore de s’acheter un billet d’avion pour revenir au Maroc. Elle ne s’en serait jamais sortie sans l’aide de cet homme d’affaires.

Hanane Hachimi



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