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Archéologie et les origines des Amazighs ou Berbères

 
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asirem
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MessagePosté le: 10 Fév 2007, 0:59    Sujet du message: Archéologie et les origines des Amazighs ou Berbères Répondre en citant

Archéologie (source tamazgha.fr)

Aux origines des Amazighs ou ‘Berbères’

par Ramdane Lasheb


Réhabiliter Tamazight, c’est le faire dans toutes ses dimensions culturelles, linguistique, civilisationelle et identitaire. C’est dans cette perspective que s’inscrit cette communication portant sur l’histoire ancienne de l Afrique du Nord.
Connaître son Histoire, l’assumer pleinement en s’identifiant, cela permet de gérer son présent et son avenir. La méconnaissance de notre Histoire a fait que le peuple berbère s‘est véritablement identifié à tout sauf à lui-même. Kateb Yacine disait : "Nous sommes un peuple qui a pris le train en marche, nous ne savons pas d’où nous venons ni où nous allons, nous sommes des égarés."

Nous possédons une Histoire riche et profonde. Depuis la nuit des temps nous ne cessons de nous trouver justement là où il faut être pour contribuer à l’évolution de l’humanité. Cela aurait pu être une source de fierté pour tous mais hélas, l’Histoire officielle s’est évertuée à occulter nos origines pour nous desservir.

Dans cet article nous allons remonter dans le temps à la rencontre de ce groupement humain auquel nous nous identifions, qui nous caractérise et qui fait que nous ne sommes pas "les autres".

On a l’habitude d’appeler Histoire tout ce qui est le passé de l’Homme, cependant les spécialistes eux ont d’autres définitions que celle-ci. Il y a la préhistoire et l’Histoire. En facteur temps, la préhistoire est la période qui s’échelonne entre l’émergence de l’Homme en Afrique, plus précisément au Tchad, et l’apparition des écritures. La préhistoire occupe 99% du temps de l’humanité ; environ 6 à 7 millions d’années. L’Histoire, quant à elle, occupe seulement 1% de ce temps qui est l’équivalent d’environ quatre millénaires

L’Hstoire commence avec l’apparition des écritures qui ne sont pas connues au même moment chez tous les peuples. Les premières écritures sont apparues en Mésopotamie et en Egypte aux environs de 3500 ans avant J.C : les cunéiformes (forme de clous) en Mésopotamie et les hiéroglyphes (écriture sacrée) en Egypte .Le libyque, quant à lui remonte au dernier millénaire avant J.C.

La préhistoire est une science humaine qui a pour objet la reconstitution du passé de l’humanité depuis l’émergence de l’Homme en Afrique, au Tchad à l’apparition de l’écriture. Mais l’Histoire est aussi une science humaine qui se base sur l’analyse de l’archive écrite. Des peuples qui n’ont pas tout écrit ou peu et qui se retrouvent sans archives, n’ont-ils pas d’Histoire ?

Qui produit les archives ? Ce sont généralement les institutions et les Etats. C’est pour cela que des peuples comme le nôtre, non seulement ignore son Histoire mais se retrouve en marge de l’Histoire. Nous ne sommes pas évoqués comme objet de l’Histoire et nous ne sommes pas absents de l’Histoire, nous sommes seulement absents des archives. C’est Histoire des pouvoirs, des phéniciens, des romains ...

Aujourd’hui, il est nécessaire et même impératif de chercher à reconstituer notre Histoire au dehors des pouvoirs. Il ne faut pas faire notre Histoire seulement sur la base du constitué (l’archive) qui relatait quelques événements mais aussi par l’étude de notre culture au présent et au passé. Les sciences tel que l’archéologie, l’anthropologie, l’ethnologie, ... seraient d’un grand apport.

L’Homme est apparu pour la première fois en Afrique, au Tchad il y a environ 7 millions d’années. C’est donc à cet endroit que nos lointains ancêtres se sont émergés. Ils se caractérisent par la bipédie. L’Homme n’était pas ce que nous sommes aujourd’hui, nous sommes le produit d’un processus d’évolution. Ensuite, l’Homme s’est déplacé vers l’est, le sud et le nord. Ainsi, l’Afrique du Nord a été habitée par les premières générations de l’humanité. Il y a environ 2,5 millions d’années, les restes des plus anciennes manifestations culturelles de l’Homme, celles des galets aménagés, sont trouvées à Reggan dans le sud algérien et Ain Hanech près de Sétif. Son auteur est l’homo habilis (l’homme adroit). Il y a environ 1,5 millions d’années l’Homo Erectus (l’homme qui développa la station debout) prend la place de l’Homo Habilis et peut se permettre de s’éloigner davantage et de se différencier du singe.

En Afrique du Nord, l’Homo Erectus est celui de Ternifine, auteur des industries de bifaces et hachereaux ? Il découvre le feu vers 700.000 ans avant J.C.
Ensuite vint l’Homme dit "de Djebel Irhoud" auteur de la culture moustérienne. Le stade suivant est l’Homo sapiens sapiens ,celui qui sait et qui est capable de construire, de transformer des choses matérielles en abstraites, c’est l’Homme dit "de Dar Soltan", l’atérien qui est apparu antérieurement à 40.000ans avant J.C. Cet atérien a produit une culture originale différente des autres contemporaines apparues ailleurs .Cette civilisation a été découverte au lieu dit "Bir El-Ater" près de Tébessa dans les Aurès est caractérisée par une industrie d’outils à pédoncules. C’est une invention extraordinaire : pour la première fois de son existence, l’Homme, pour chasser, n’est plus en contact direct avec le gibier grâce à cette arme de jet. L’atérien occupe toute la superficie qui s’étend de l’Egypte à Atlantique et de la mer méditerranéenne au lac du Tchad. Curieusement cette civilisation atérienne recoupe totalement la Berbérie (Tamazgha) avec un léger rétrécissement de l’oasis de Siwa jusqu’au Sénégal.

Vers 22.000 ans avant J.C., un autre homo sapiens ; appelé ibéromaurisien, prend la place de l’atérien et occupe le littoral et le tell de l’Afrique du nord, c’est en faite l’Homme de Mechta Afalou, en raison de sa découverte dans deux gisements de Mechta El Larbi à Constantine et Afalou Bou Rmel à Bougie. Il est artiste et auteur de l’art figuratif le plus ancien en Afrique. Il a produit des figurines en terre cuite représentant des animaux datées entre 13000 et 14000 ans avant J.C, découvertes en 1988 par l’équipe Slimane Hachi, chercheur en préhistoire.

Cette découverte est capitale car tout le monde est persuadé qu’en Afrique du Nord l’art figuratif appartenait à la civilisation suivante, celle du capsien qui s’est développé aux environs de 9000 ans avant J.C. Le capsien existait en même moment que l’ibéromaurisien qui disparaît dans la masse pour laisser la place à des proto méditerranéens d’où nous tirons racine.

Au paléolithique l’homme collecte sa nourriture, au néolithique il l’a produit. Le néolithique c’est l’ère de la sédentarisation, de l’agriculture, de la céramique, la domestication des animaux et de l’art rupestre. En Afrique du Nord, la céramique remonte vers 9000 ans av J.C, elle est attestée à Mekni dans le Hoggar. Les gravures et peintures rupestres du Tassili et de l’Atlas Saharien qui retracent le mode de vie des populations à travers les différentes étapes du néolithique à l’aube de l’Histoire, constitue une bibliothèque à ciel ouvert. Ce bel ensemble est classé par les spécialistes en périodes :
1) Période des naturalistes : Ce sont des gravures les plus anciennes représentant des animaux sauvages de grandes dimensions, tel l’éléphant, la girafe, l’antilope et le rhinocéros. Parfois on peut voir à coté de ces gravures des chasseurs ayant des têtes masquées.
2) Périodes des têtes rondes : Ce sont des œuvres peintes de la phase ancienne comme celle des naturalistes. Elle est appelée ainsi en raison des têtes rondes des représentations humaines. On les rencontre au Tassili et appartiennent principalement à une population négroïde.
3) Période des bovidés : Les représentations sont uniquement celles de l’élevage. Le Sahara n’était pas ce qu’il est aujourd’hui, le climat était humide, l’eau et les pâturages en abondance.
4) Période équidiènne ou celle du cheval : Pour la première fois apparaissent des représentations artistiques où l’on voit des chevaux attelés à des chars à deux roues. L’Homme a besoin du cheval pour se déplacer, c’est le début de la raréfaction des points d’eau et des pâturages. Une scène artistique représente des troupeaux autour d’un puit d’où l’homme puise de l’eau à l’aide d’une poche en cuir, la désertification commence.
5) Période libyco berbère ou celle du chameau : Dans cette phase finale de la période du cheval et de la désertification, le cheval est remplacé par le chameau, mieux adapté aux conditions difficiles du Sahara. L’artiste aussi évolue et change de style dans ses œuvres, en schématisant. Dans ce nouvel art schématique le corps humain n’est qu’un agencement de figures géométriques. Ceci n’est qu’une introduction pour la préparation à l’écriture où, pour la première fois, on trouve à coté des représentations animales et humaines des caractères libyque.

La préhistoire prend fin avec l’apparition des écritures et la fondation des citées. Carthage fut fondée en 814 avant J.C.



Ramdane Lasheb
Archéologue et enseignant de tamazight à At-Dwala


Références bibliographiques :

1. G. Camps, Civilisations préhistoriques de l’Afrique du nord et du Sahara ,1974, Doin.
2. G. Camps, "Le mystère des Cro-Magnon de l’Afrique du Nord", les dossiers de l’archéologie n° 156 ,1991.
3. G. Camps, "Maghreb et Sahara", spécial "Science et Vie", Mars 1992.
4. S. Hachi, "Les figurines d’Afalou", Algérie Actualité du 3 décembre 1989. 5. S. Hachi, "L’iberomaurisien, nouvelles découvertes", in L’homme maghrébin et son environnement depuis 100 000 ans, CNRPAH 2001.
6. O. Dutour, "L’homme de Mechta Afalou au Maghreb et au Sahara, Aspects paléoanthropologiques et paléoécologiques", in L’homme maghrébin et son environnement depuis 100 000 ans, CNRPAH 2001.
7. G. Camps, Aux origines de la Berbérie, Massinissa ou le début de l’Histoire, Alger 1961.
8. G. Camps, Les Berbères, mémoire et identité, Paris, 1987.


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