Posté le: 07 Fév 2008, 0:32 Sujet du message: Etude
Les allotypes Gm des immunoglobulines chez les Berbères du
Maroc.
Gm immunoglobulin allotypic system in Berbers from Morocco.
C. Coudray1*, E. Guitard1, O. Lemaire1, M. Cherkaoui2, A. Baali2,
K. Hilali2, A. Sevin1, M. Kandil3, N. Harich3, M. Melhaoui4,
G. Larrouy1, P. Moral5, J.M. Dugoujon1
1 Centre d’Anthropologie UMR 8555 CNRS, 37, allées Jules Guesde, 31073 Toulouse Cedex 4, France. Email
: clotilde.coudray@wanadoo.fr
2 Laboratoire d’Ecologie Humaine, Université Cadi Ayyad, Faculté des Sciences Semlalia, Marrakech,
Maroc
3 Département de Bilogie, Université Chouaïb Doukkali, Faculté des Sciences, El Jadida, Maroc
4 Université Mohamed 1er, Faculté des Sciences d’Oujda, Oujda, Maroc
5 Departament de Biologia Animal, Antropologia, Facultat de Biologia, Universitat de Barcelona, Espagne
Mots clefs: allotypes Gm, Berbères, Maroc, polymorphisme génétique humain.
Key words: Immunoglobulin allotypes, Berbers, Morocco, Human Populations Genetics.
Résumé
Les allotypes Gm des Immunoglobulines ont été étudiés dans quatre populations
berbères du Maroc (Khenifra, Amizmiz, Asni et Bourhia) et dans une population arabe de
Doukkala dans le but de rechercher des corrélations génétiques entre ces populations du
nord-ouest de l’Afrique. L’analyse du polymorphisme confirme que les Berbères sont
géographiquement et génétiquement intermédiaires entre les populations européennes
(composante majeure) et les populations sub-sahariennes (environ 20 % de contribution).
Les résultats révèlent aussi une similarité génétique étroite entre les Berbères et les
Arabes marocains ayant une culture et un langage différents. La distribution des
haplotypes Gm laisse supposer que les Arabes et les Berbères actuels du nord-ouest du
Maghreb ont des ancêtres communs – probablement les premiers habitants du nord de
l’Afrique – qui auraient subi différemment au cours de l’Histoire les conséquences des
diverses invasions (notamment les invasions arabes). Nos résultats ont été comparés à
ceux obtenus pour d’autres populations berbères d’Afrique du Nord (Algérie, Tunisie) et
pour des populations d’Afrique de l’Est et d’Afrique sub-saharienne.
La comparaison des fréquences des haplotypes Gm en Afrique du Nord confirme que les
Berbères sont géographiquement et génétiquement intermédiaires entre les populations européennes
(composante majeure) et les populations sub-sahariennes (environ 20 % de contribution). Ces
résultats corroborent les données précédemment publiées sur d’autres populations nord-africaines
(Lefranc et al., 1979 ; Chaabani et al., 1984 et 1988, Loveslati et al., 2001, Giraldo et al., 2001).
Au Maroc, on constate qu’il existe une relation génétique étroite entre les Berbères et les
Arabes proches géographiquement mais de culture et langages différents. Les Arabes s’intégrant au
sein du « polymorphisme berbère », on peut émettre l’hypothèse qu’ils sont issus d’ancêtres
communs « paléo-berbères ». Les différences observées entre les Berbères et les Arabes actuels
seraient donc principalement culturelles et linguistiques et pourraient alors s’expliquer par le fait que
leurs ancêtres auraient subi différemment les conséquences des invasions arabes. La conquête arabe
amorcée au VIIème siècle semble n’avoir été pour certains groupes qu’un phénomène
principalement culturel (adoption d’une nouvelle religion et d’un nouveau langage) avec un faible
impact génétique. A l’opposé, les prédécesseurs des Berbères actuels auraient su résister à
l’islamisation et à l’arabisation, leurs descendants auraient ainsi pu préserver une certaine « identité
berbère originelle ».